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DocteurDr Victor HazoutChirurgie orale et implantaireParodontiste

Diabète et parodontite : comprendre un lien à double sens

Le diabète augmente le risque de parodontite, et la parodontite complique l'équilibre du diabète. C'est la relation entre la bouche et une maladie générale la mieux documentée. Le traitement parodontal fait baisser l'HbA1c en moyenne, mais modestement, et tous les essais ne vont pas dans le même sens. Cet article donne les chiffres, leurs limites et ce qu'ils changent concrètement pour une personne diabétique.

Auteur : Docteur Victor Hazout, parodontisteTexte préparé le 3 octobre 2026 Relecture médicale : en attente de validation par le Docteur HazoutLecture : 8 min

Gencives et santé générale

En bref

  • La relation est bidirectionnelle : c'est la conclusion du consensus de la Fédération internationale du diabète (FID) et de la Fédération européenne de parodontologie (EFP) [1].
  • Après traitement parodontal, l'HbA1c baisse en moyenne d'environ 0,4 point à 3–4 mois (certitude modérée) [2].
  • Un grand essai américain n'a montré aucun effet à 6 mois [3] ; un essai britannique a montré une baisse de 0,6 point à 12 mois [4].
  • L'effet du traitement parodontal sur les complications du diabète (reins, cœur, yeux) n'est pas démontré par des essais.
  • Dépistage croisé et coordination avec le médecin sont recommandés [5] ; le traitement parodontal s'ajoute au traitement du diabète, il ne le remplace pas.
Sommaire7 parties
  1. Deux maladies inflammatoires chroniques qui se renforcent
  2. Du diabète vers la gencive
  3. De la gencive vers la glycémie
  4. Le traitement parodontal fait-il baisser l'HbA1c ?
  5. Des essais qui divergent
  6. Comment lire ces résultats
  7. En pratique au cabinet

Deux maladies inflammatoires chroniques qui se renforcent

L'HbA1c (hémoglobine glyquée) reflète la glycémie moyenne des deux à trois derniers mois ; c'est le chiffre que suit votre médecin. La parodontite est une inflammation chronique, déclenchée par les bactéries de la plaque, qui détruit l'os et l'attache des dents : c'est elle qui provoque le déchaussement dentaire. Le consensus EFP–FID de 2018 décrit ces deux maladies comme chroniques, non transmissibles, associées à une mortalité accrue, et liées dans les deux sens [1].

Extrait de documentaire pédagogique : diffusion de médiateurs inflammatoires depuis la gencive et perturbation de l'action de l'insuline. Illustration de mécanismes étudiés.

Du diabète vers la gencive

Quand la glycémie reste élevée, les tissus gingivaux contiennent davantage de médiateurs pro-inflammatoires (IL-1β, TNF-α, IL-6), qui participent à une destruction parodontale accrue [1]. Un diabète mal équilibré s'accompagne d'une parodontite plus fréquente et plus sévère, et d'une réponse moins favorable au traitement [6]. Le risque dépend surtout de l'équilibre glycémique : un diabète bien contrôlé rapproche le risque parodontal de celui d'une personne non diabétique, sans l'annuler [1].

C'est pourquoi les recommandations européennes de traitement de la parodontite (EFP S3, 2020) recommandent des interventions de contrôle du diabète chez les patients traités pour une parodontite (recommandation R1.7) [7]. En pratique, cela veut dire que le parodontiste s'informe de l'équilibre du diabète et encourage le patient à en parler à son médecin, sans se substituer à lui.

Les signes qui doivent alerter une personne diabétique sont ceux de toute parodontite : gencives qui saignent au brossage, rouges ou gonflées, mauvaise haleine persistante, dents qui paraissent plus longues ou qui bougent, abcès de la gencive. Comme la parodontite est souvent indolore, un examen parodontal est utile même sans gêne.

De la gencive vers la glycémie

Les poches parodontales ulcérées laissent passer des bactéries et des médiateurs inflammatoires dans le sang. Cette inflammation de bas grade pourrait gêner l'action de l'insuline : on parle de résistance à l'insuline, un mécanisme surtout démontré dans des modèles expérimentaux [8]. Les études d'observation associent la parodontite à un moins bon équilibre glycémique et à davantage de complications chez les personnes diabétiques [1].

Montage du mémoire de DU (2025) du Docteur Hazout : insuline, récepteurs et inflammation. Animation pédagogique illustrant une hypothèse mécanistique.
Ce que l'on sait : une association observée et des mécanismes plausibles. Ce que l'on ne sait pas : dans quelle mesure la parodontite cause à elle seule un diabète ou ses complications. Les études génétiques donnent un signal inconstant selon la méthode utilisée [9].

Le traitement parodontal fait-il baisser l'HbA1c ?

La revue Cochrane de 2022 a regroupé les essais comparant le traitement parodontal (nettoyage des racines sous la gencive, le surfaçage radiculaire) à l'absence de traitement ou à des soins habituels, chez des personnes diabétiques, surtout de type 2 [2] :

DélaiDifférence moyenne d'HbA1cDonnéesCertitude
3–4 mois−0,43 point (−0,59 à −0,28)30 études, 2 443 participantsModérée
6 mois−0,30 point (−0,52 à −0,08)12 études, 1 457 participantsNon gradée séparément
12 mois−0,50 point (−0,55 à −0,45)1 étude, 264 participantsNon gradée séparément (une seule étude)

Tous ces chiffres proviennent de la revue Cochrane [2]. Pour donner un ordre de grandeur, l'EFP compare une baisse d'environ 0,4 point à l'effet de l'ajout d'un second médicament antidiabétique [6]. C'est une moyenne : certains patients ne verront pas de changement, d'autres une baisse plus nette, selon l'inflammation de départ et la réponse au traitement.

Des essais qui divergent

En 2013, un essai multicentrique américain (514 patients diabétiques de type 2) n'a montré aucune amélioration de l'HbA1c six mois après un traitement non chirurgical : +0,17 point dans le groupe traité, +0,11 dans le groupe témoin [3]. Cet essai a fait l'objet de critiques méthodologiques publiées, portant notamment sur l'intensité du traitement et la persistance de l'inflammation gingivale chez les patients traités [11].

En 2018, un essai britannique sur douze mois (264 patients) a comparé un traitement parodontal intensif à un traitement minimal : l'HbA1c était inférieure de 0,6 point (IC à 95 % 0,3–0,9) dans le groupe traité intensivement [4].

Ces différences tiennent probablement à l'intensité du traitement, à la qualité du contrôle de l'inflammation et aux populations étudiées. La synthèse Cochrane reste favorable, avec une certitude modérée [2]. En revanche, aucun essai n'a démontré que le traitement parodontal réduit les complications du diabète (rétinopathie, atteinte rénale, maladies cardiovasculaires) : c'est une question ouverte, pas un bénéfice acquis.

Comment lire ces résultats

Trois précautions évitent les malentendus. D'abord, une moyenne cache des réponses individuelles très différentes : une personne dont la gencive cesse de saigner et dont les poches se referment n'est pas dans la même situation qu'une personne dont l'inflammation persiste. Ensuite, l'HbA1c dépend avant tout de l'alimentation, de l'activité physique et des médicaments : le traitement parodontal s'ajoute à ces leviers, il ne les remplace pas. Enfin, l'effet n'est durable que si l'inflammation reste contrôlée, d'où l'importance de la maintenance parodontale.

Le traitement parodontal réduit aussi, en moyenne, la CRP, un marqueur sanguin d'inflammation [10]. Cette baisse est cohérente avec l'hypothèse inflammatoire, sans prouver à elle seule un bénéfice sur la santé à long terme. La place de ce marqueur et des autres examens biologiques est discutée dans l'article bilans biologiques et compléments.

En résumé : association établie dans les deux sens ; mécanismes plausibles ; causalité probable mais non quantifiée ; effet démontré du traitement sur l'HbA1c à court et moyen terme (certitude modérée) ; effet sur les complications du diabète non démontré.

En pratique au cabinet

  • Si vous êtes diabétique : un examen parodontal complet est utile, puis une maintenance régulière.
  • Si vous avez une parodontite sans diabète connu et des facteurs de risque (surpoids, antécédents familiaux, hypertension), le Docteur Hazout vous propose d'en parler à votre médecin traitant. L'EFP estime que 20 à 40 % des patients atteints de parodontite, selon les études, ont un diabète ou un prédiabète, souvent ignoré, surtout en cas de prédiabète [6].
  • Coordination : avec votre accord, le cabinet adresse un compte rendu parodontal à votre médecin ou diabétologue, comme le recommande le consensus EFP–WONCA [5].

À l'examen, au cabinet de Levallois-Perret, le Docteur Hazout mesure le saignement, la profondeur des poches et la perte d'attache autour de chaque dent, et analyse les radiographies. La classification internationale des parodontites tient compte du diabète pour estimer le risque de progression (le « grade ») : connaître votre HbA1c aide donc à adapter le plan de traitement et le rythme du suivi.

Le traitement lui-même est décrit sur la page traitement de la parodontite : traitement de toute la bouche en une séance, sous anesthésie locale, puis réévaluation. Chez une personne diabétique, le déroulé est le même ; ce qui change, c'est l'attention portée à l'équilibre glycémique, à la cicatrisation et au rythme de la maintenance.

Questions fréquentes

Mon diabète est équilibré : suis-je quand même concerné ?

Le risque est surtout lié au mauvais équilibre glycémique. Un diabète bien équilibré n'exclut pas une parodontite : un examen parodontal reste utile, d'autant que la maladie est souvent indolore.

Le traitement parodontal peut-il remplacer un médicament ?

Non. La baisse moyenne d'HbA1c est un bénéfice supplémentaire, variable d'une personne à l'autre. Aucun traitement du diabète ne doit être modifié sans votre médecin.

Combien de temps après le traitement voit-on un effet sur l'HbA1c ?

Les essais mesurent l'effet à 3–4 mois, puis à 6 et 12 mois. Les données au-delà d'un an sont limitées, et l'effet suppose que l'inflammation gingivale reste contrôlée.

Faut-il un suivi parodontal plus fréquent quand on est diabétique ?

Le rythme de maintenance dépend de la sévérité de la parodontite, de l'équilibre du diabète et du tabac. Il est fixé après la réévaluation.

La parodontite peut-elle provoquer un diabète ?

Elle est associée à un moins bon contrôle glycémique, et des mécanismes plausibles existent. Qu'elle provoque à elle seule un diabète n'est pas démontré.

Dois-je prévenir mon diabétologue avant le traitement ?

C'est utile : il peut transmettre votre dernière HbA1c et signaler un déséquilibre récent. Avec votre accord, le cabinet lui adresse en retour le compte rendu parodontal.

Références

  1. Sanz M, Ceriello A, Buysschaert M, Chapple I, Demmer RT, Graziani F, et al. Scientific evidence on the links between periodontal diseases and diabetes: Consensus report and guidelines of the joint workshop on periodontal diseases and diabetes by the International Diabetes Federation and the European Federation of Periodontology. J Clin Periodontol. 2018;45(2):138-149. DOI
  2. Simpson TC, Clarkson JE, Worthington HV, MacDonald L, Weldon JC, Needleman I, et al. Treatment of periodontitis for glycaemic control in people with diabetes mellitus. Cochrane Database Syst Rev. 2022;4:CD004714. PubMed
  3. Engebretson SP, Hyman LG, Michalowicz BS, Schoenfeld ER, Gelato MC, Hou W, et al. The effect of nonsurgical periodontal therapy on hemoglobin A1c levels in persons with type 2 diabetes and chronic periodontitis: a randomized clinical trial. JAMA. 2013;310(23):2523-2532. jamanetwork.com
  4. D'Aiuto F, Gkranias N, et al. Systemic effects of periodontitis treatment in patients with type 2 diabetes: a 12 month, single-centre, investigator-masked, randomised trial. Lancet Diabetes Endocrinol. 2018;6(12):954-965. DOI
  5. Herrera D, Sanz M, Shapira L, Brotons C, Chapple I, Frese T, et al. Association between periodontal diseases and cardiovascular diseases, diabetes and respiratory diseases: Consensus report of the Joint Workshop by the European Federation of Periodontology (EFP) and the European arm of the World Organization of Family Doctors (WONCA Europe). J Clin Periodontol. 2023;50(6):819-841. DOI
  6. European Federation of Periodontology. Periodontitis and diabetes: a two-way street. EFP Publications hub (consulté le 3 octobre 2026). efp.org
  7. Sanz M, Herrera D, Kebschull M, Chapple I, Jepsen S, Berglundh T, et al. Treatment of stage I–III periodontitis—The EFP S3 level clinical practice guideline. J Clin Periodontol. 2020;47(Suppl 22):4-60. DOI
  8. Hajishengallis G, Chavakis T. Local and systemic mechanisms linking periodontal disease and inflammatory comorbidities. Nat Rev Immunol. 2021;21:426-440. DOI
  9. Zhao Y, Zhang C, Chang X, Zhang J, Shu C, Lin C, Hou J. Causal association between periodontitis and systemic diseases: a systematic review and meta-analysis of mendelian randomization studies. BMC Oral Health. 2026;26:383. DOI
  10. Luthra S, et al. Treatment of periodontitis and C-reactive protein: A systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. J Clin Periodontol. 2023;50(1):45-60. DOI
  11. Borgnakke WS, et al. The multi-center randomized controlled trial (RCT) published by the Journal of the American Medical Association (JAMA) on the effect of periodontal therapy on glycated hemoglobin (HbA1c) has fundamental problems. J Evid Based Dent Pract. 2014. PubMed

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